Virage !
 
Cet accident dont je n'ai jamais oublié ni le fracas ni la vitesse à laquelle il s'est produit
(voir page précédente), ainsi que mes résultats en rallyes et courses de côte,
m'ont apporté beaucoup de reconnaissance et de convoitises de la part de mes amis
ou de certains observateurs... premiers Sponsors.
Tout le mini-cosme, régional, de la course automobile savait qu'il fallait compter sur moi !
 
Mais faut pas rêver. Je ne compte que sur soi-même !
Je change de métier... Je déménage et deviens totalement indépendant de mes parents !!!
... et me retrouve sans auto.
On me propose une 2 cv à 250 Francs (36 Euros 2008) ! C'est ma fortune qui y passe.
Elle roule à 60 km/h à tout casser et fume comme un Sapeur. Quand j'arrive quelque part je ne passe pas inaperçu,
tant je sens l'huile moteur et la fumée d'échappement qui s'infiltrent (ou s'engouffrent)
dans l'habitacle avant de sortir par les... baillements de portières tordues, la capote non étanche, le plancher ouvert à tout vent !
 
Avec mes premiers salaires et économies, je m'offre une R8 (Renault 8) usée mais pas chère.
Elle roule encore et bien, elle est propre, le propriétaire est content d'en faire profiter un jeune...
Mais s'il s'avait ; j'ai mon idée sur son avenir...
Lui gréffer une mécanique plus puissante.
Le c¦ur (ou moteur) de ce ce futur proto s'il n'est pas que sentimental,
est extrait de la voiture broyée d'une amie fort mignonne. L'accident qu'ellea eu est terrible.
Sa voiture, une renault 16 TS est pulvérisée.
Avec une grande tristesse et beaucoup d'appréhensions, je vais lui rendre visite à la clinique.
Prenant ma main, elle me donne son auto fracassée : "Fais-la revivre !"
Fou de tristesse de devoir la quitter sur ce lit d'hôpital, coûturée, platrée, pansée,
je vais au garage un jour plus tard pour extraire le moteur et la boîte de vitesse.
Quelques heures, des nuits, des week-end... puis c'est le coup de démarreur.
Il crache flammes et fumée et arrache les oreilles. Ca marche.
Enfin après des essais sur route à peine interdits,
je m'inscris à une course de côte de la région avec la FBR 816...
Wemaers-Cappel 1970, j'ai 24 ans.
"Je fais les titres des journaux".
Trop drôle, moi qui viens pour tester ma nouvelle "caisse" et me tester,
humble, recroquevillé dans mon coin, honteux de présenter une auto inachevée,
je deviens l'Outsider, l'inconnu, le trouble fête.
Calme, je pense que tous les pilotes le furent en voyant mon auto.
Mais dès les essais chronométrés, il fallait compter sur "la ferraille" qui fait chier !
Ce fut une drôle de journée.
J'étais tout seul ? Faux. Ma petite amie qui avait fait le délacement pour moi,
était la seule à croire au Gamin que je suis... surtout avec l'auto que je présentais au public !...
Le c¦ur de son auto battait à nouveau, Elle revivait.
Nous avons pris le repas du midi avant la course, qu'elle m'offrit en tête à tête, dans un resto, sur la place de Cassel.
"Qu'elle importance si tu ne gagnes rien ! Amuse-toi, enregistre tous les effets. Je serais toujours là si tu en as besoin.
Elle est restée à mes côtés toute la journée sauf quand j'étais sur la piste et jusqu'après la distribution des prix et des résultats.
Je suis rentré chez moi au petit matin. Il faisait jour.
 
14ème au Général, 1er de groupe, 1er de Classe. Je suis content, à 24 ans, j'ai ma huitième coupe.
Après des sélections région par région, je suis retenu pour participer à un stage de conduite sur circuit.
C'est la grand-mode en ce tout début des seventies. On m'y pousse.
Je pars avec l'idée de pouvoir faire quelque chose et peut-être gagner le Volant Shell ! A voir.
Avec ma 2 cv camionette, j'ai l'air d'un rigolo comparé aux nombreuses Alpine, Porsche, Matra, Alfa etc...
Dès les premiers tests, les "autres" ne rigolent plus.
Aux éliminatoires et au final, je me retrouve parmi les 10 pilotes selectionnés en France.
J'y vais encore avec ma 2 CV camionette.
Ce n'est pas moi qui ai remporté le Volant mais "un certain" François Cever !
 
Cela m'a fait dépenser beaucoup de sous, moi qui n'en ai pas assez.
Les rallyes coûtent plus cher que les courses de côtes et le circuit. Ma voie est toute désignée.
 
Je bichonne ma FBR 816 et l'améliore chaque jour qui passe.
La carosserie laisse un peu à désirer et la peinture disparait.
Les coups, les bosses sont le fruit de l'apprentissage vigoureux que je nous inflige.

Un tas de ferraille dans un terrain vague ?...

... Non, mécanique en campagne !

Pour gagner, au moins du plaisir, il faut savoir tout faire !

Pas belle mais efficace !

"Nouvelle" peinture.

"Nouvelle" carrosserie plastique "maison"

Moche, rafistolée : Ok, mais elle gagne !

Résultat : 1er de Classe, 1er de Groupe et 4ème au Général !
C'est à nouveau un grand moment dans ma vie. Je me marie.
J'abandonne le circuit de Croix en Ternois dont je suis l'inventeur, circuit qui est une longue histoire (!)
pour quitter cet employeur à qui j'ai beaucoup apporté et que je croyais ami,
pour aller diriger une grosse entreprise dans un département voisin.
J'emmène avec nous mon proto puisque c'est ainsi qu'on l'appelle. Franchement c'en est un !
Moche, rafistolé, il sent la peinture, l'huile, l'essence, le métal surchauffé ! Mais IL GAGNE.
C'est une voiture très bien équilibrée et fiable, facile à entretenir : Il n'y a rien que l'essentiel. Je l'adore !
 
Dans mon nouveau lit, un bi-place côte à côte, je ne m'endors pas vite, je calcule, mon cervau travaille, imagine.
Je partage mon temps avec mon petit Bonhomme qui comble ma vie de son sourire, de ses areuh, de son minois fantastique,
de sa simple présence, de son odeur. C'est mon Fils.
J'en oublie Tecno, mon fidèle Berger allemand magnifique. "Techno" le nom de la F3 de François Cevert.
Et puis un jour, n'en pouvant plus, j'achète un chalumeau, des bouteilles acétylène/gaz, du tube d'acier,
de la tôle d'acier et d'alu, des rivets Pop,
une pince et un tas de vis, écrous de toutes tailles et longueurs, une perceuse, une ponceuse...
Mon équipement est (presque) complet. Alors voilà le premier résultat.
Je sors pour la première fois mon Proto que je baptise Chipmunk.
C'est toujours mon bon moteur de R16 TS "amélioré par mes soins".
115 chevaux qui propulseront mon Speeder. Il est positionné en porte-à-faux AR.
J'installe le réservoir d'essence dans le flanc droit ainsi que tous les accessoires annexe du moteur
comme le vase d'expention, un radiateur supplémentaire, l'extincteur, la batterie... etc.
La boîte est celle d'une R8 Gordini.
Je fabrique une carosserie tout alu provenant de tôles plates de 6/10 ou 8/10ème.
C'est anguleux, certe, mais solide et performant pour de la Côte.
De circuits en courses de côtes, de courses de côtes en circuits, Chipmunk est admiré.
On veut aussi me l'acheter !... Cher !
Il marche très fort, va vite, colle à l'asphalte. Je pense néanmoins pouvoir en tirer plus.
Je n'ai pas fini d'améliorer mon Proto. D'ailleurs, c'est ça un proto... jamais fini !
Il faut que je retourne la boîte de vitesse pour lui metre la tête en bas.
Retourner sur son axe le trio moteur-boîte-différentiel est maintenant est dit "moteur central".
Re réglages......................... Re-Essais... concluants.
Les lauriers s'entassent, les nuits blanches, les kilomètres aussi.
Je fais la Double-Centrale des journaux une fois de plus!
Attendez, c'est pas fini...
Je trouve un moteur 2.8 L Ford RS et une vielle boîte ZF 4 rapports+M.A.
Je scie, soude, retransforme mon chassis pour accueillir ce petit monstre de 185 cv.
Le métal est maléable, les idées infinies, les heures de plaisir pour le transformer sont innombrables.
Je ne reconnais plus mon auto. C'est une nouvelle voiture que je conduis.
Sur la RN devant mon garage, je fais quelques tours de roue. La brute, elle pousse comme un Jet.
 
Justement, j'ai une course en Belgique à Zolder.
Un carton de valises, comme l'on dit, je gagne ma catégorie sans problème à chaque course.
L'auto est saine et va vite, elle n'est pas vicieuse, elle est docile... elle est simple.
 
Quelques courses de côtes en France satisfaisantes, puis c'est à nouveau Nivelles, circuit très rapide.
C'est au mois d'août. Il fait chaud, terriblement. Les esprits eux aussi, surchauffent.
Vues de mon cockpit, les autos de mes adversaires sont énormes. Mes yeux sont à la même hauteur
que le moyeu de leurs roues. Dans les virages à deux de front, leurs trajectoire n'est pas nette ; elles font des écarts.
Les roues avant travaillent énormément., les suspensions sont mises à rudes épreuves,
le spectacle est fantastique, l'ingénieur qui sommeille en moi apprend, déchiffre par l'image, les dessous de la mécanique.
C'est merveilleux.
Je suis presque sur des rails tant ma Chipmunk est équilibrée.
Je vais plus vite. Elle est plus légère. Je ne suis pourtant pas très rassuré,
elle pèse la moitié moins que les concurents et je peux me permettre d'aborder les virages
et les courbes sous des angles meilleurs à des vitesses supérieures.
 
Pendant la course Sprint réservée aux Protos et GT je me fais écraser par une Porsche incontrôlée.
 
Les Lola, Chevron et autres bolides impressionnants sont devant.
Je bagare avec des Porsche, Alpine 1.800, BMW 3.0 CSI, Capri 3L etc...
 
au bout du second tour, je l'avais en point de mire. Je la passerais avant l'épingle.
Le gars commençait déjà à s'épuiser, le moment était venu.
J'ai vu foncer sur moi la Porsche en pleine glissade alors que j'étais en train de la doubler à la corde.
Je n'ai rien senti, elle m'a poussé dans la pelouse en montant sur mon côté gauche
et nous nous sommes arrêtés dans les ballots de paille.
Coincé dans ma voiture, j'avais peur que l'ensemble ne prenne feu.
Les secours sont arrivés à la seconde même. J'entendais crier des ordres, des imprécations.
Puis l'air et la lumière sont revenus. Un peu de fraîcheur aussi. Je me suis redressé, enlevé mon casque,
débouclé mon harnais qui m'avait probablement sauvé la vie pour la seconde fois.
Quelques brûlures dues à l'huile des canalisations perçées, une voiture déformée, des courbatures le lendemain.
Une course perdue, mais je me suis bien amusé.
J'ai concrétisé magnifiquement, aussi, un challenge formidable que je m'étais donné.
Le lundi j'assume le boulot à l'entreprise.
Toute la semaine je regarde "l'épave".
J'ai 28 ans, un enfant, une épouse qui attend un second bébé....
Il faut que je devienne un Papa bien sage.
 
"L'épave" part à la ferraille.
Une année de construction, trois ans de courses soit presque 10.000 km ensemble !
 
Dans le même temps, je trouve une. Opel 2.8 L Commodore GS.
Chouette, j'entrevois un avenir à cette voiture d'occasion.
 
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